Je n’ai pu m’empêcher de jeter un coup d’oeil à la technologie de serveurs énergétiques annoncés hier par le célèbre gouverneur de la Californie, Arnold Schwarzenegger (voir, par exemple, cet article repris dans le Devoir). Que se cache vraiment derrière ces piles à combustible révolutionnaires à base de sable adoptées par les géants de l’industrie américaine que sont Google, Wal-Mart et Coca-Cola ?
Comme c’est souvent le cas, les annonces officielles sont un mélange de demi-vérités, de technologie et d’auto-promotion. La technologie est-elle intéressante ? Peut-être. Mais de nombreuses questions subsistent.
Technologie
Les serveurs de Bloom Energy utilisent une technologie de piles à combustible à base d’oxydes solides. Alors qu’une centrale thermique utilise la chaleur produite lors de la combustion d’un combustible pour produire de l’électricité, une pile à combustible utilise les électrons libérés lors de l’oxydation des carburants pour générer directement l’électricité. Au final, l’équation est la même : on transforme un mélange d’hydrocarbures, composé de carbone et d’hydrogène, et d’oxygène en gaz carbonique et en eau.
La question est donc de savoir ce qui est le plus efficace entre la pile à combustible et la centrale thermique traditionnelle ou un moteur à combustion. Dans ce dernier cas, l’intérêt est évident. Le moteur à combustion à une efficacité d’environ 20 à 25 %. Une pile à combustible, dont le rendement oscille entre 40 et 50 %, serait donc très intéressante dans une voiture. Par contre, comme une centrale thermique au gaz naturel par une efficacité d’environ 40 %, l’intérêt est beaucoup moins grand ici.
Alors que la plupart des piles à combustible fonctionnent relativement basse température et utilisent des matériaux chers et rares comme le platine, la technologie retenue ici est à base de nanoparticules de silicium. Celle-ci nécessite un fonctionnement à haute température (plus de 800°), mais ne requiert pas de matériaux rares. Cette haute température rend sa technologie inutilisable dans le transport par exemple. C’est pourquoi on la présente ici comme une alternative verte à l’utilisation d’électricité produite par des centrales thermiques.
À cause du prix du gaz naturel, des coûts de transport et du faible gain d’efficacité par rapport à une centrale thermique, l’intérêt de ce serveur est avant tout de remplacer des génératrices soit comme source d’appoint ou, dans le cas de régions isolées, pour diminuer les frais de transport d’énergie.
Car, contrairement à ce qu’on laisse entendre sur le site de la compagnie, la technologie des piles à combustible produit autant de gaz carbonique par molécule de carbone qu’une centrale thermique car la chimie est la même, à la fin. On ne résout donc pas ici le problème du réchauffement climatique.
Pour autant, la technologie est intéressante si elle remplace la vieille génératrice diesel, par exemple.
Une révolution ? Non. Mais un petit pas en avant.

