Le dossier du nucléaire ne fait pas souvent la manchette au Québec car les gouvernements successifs ont décidé, à partir du début des années 1970, de suivre plutôt la filière hydroélectrique, un choix qui s’est avéré très intelligent. Pour autant, nous ne pouvons ignorer l’impact du nucléaire sur le Québec et le Canada. Tout d’abord, Hydro-Québec prévoit dépenser des milliards pour rénover la centrale de Gentilly-2 en plus de retrouver avec une deuxième centrale nucléaire, celle de Pointe-Lepereau, si la transaction avec Énergie Nouveau-Brunswick se conclut. De plus, tous les Canadiens, via leurs impôts, soutiennent massivement l’industrie nucléaire basée en Ontario. On le constate encore cette année, alors que le gouvernement s’apprête à verser 300 millions $ à Énergie atomique du Canada limitée (AECL) pour éponger ses pertes commerciales et soutenir le développement du nouveau réacteur CANDU ACR-1000.
Or, Louis-Gilles Francoeur écrit en fin de semaine dans le Devoir un excellent article sur le nucléaire canadien ( ici, pour ceux qui sont abonnés) dans la foulée de la nouvelle rapportée cette semaine au sujet des dangers que poserait la technologie CANDU. En effet, le Devoir rapportait un peu plus tôt la semaine dernière que la Commission canadienne de sécurité nucléaire (CCSN) a demandé à l’industrie nucléaire canadienne de présenter un programme de tests d’ici le 1er avril montrant qu’elle est capable de contrôler les risques posés par l’emballement de la réaction nucléaire en cas d’arrêt brusque d’un réacteur. Sans surprise, l’industrie ne voit pas d’un bon oeil cette demande, qui pourrait la forcer à revoir ses procédures et pourrait causer un tort considérable à Énergie atomique du Canada limitée, qui aurait alors de la difficulté à vendre ses réacteurs de par le monde.
Malgré les promesses de cette industrie cinquantenaire quant à la production d’une énergie propre et les espoirs, pour plusieurs, de la voir repartir en belle avec la montée du prix des combustibles fossiles et le réchauffement climatique, l’énergie nucléaire n’a pas su s’établir comme l’alternative propre et économique pour le XXIe siècle. Alors que l’expertise acquise sur un demi-siècle aurait dû permettre le développement de modèles plus sécuritaires et moins chers, ce n’est pas ce que l’on observe. Au contraire, il semble que les coûts de réfection et de construction explosent, remettant en cause la survie même des réacteurs déjà en activité.
Pour le Québec, deux questions se posent alors : (1) devrait-on fermer purement et simplement Gentilly-2, dans ce cas, et investir les 2 milliards pour le développement d’un parc éolien, par exemple ? À environ 1,5 million de $ du MW installé, ce serait donc un peu plus de 1,3 GW de puissance éolienne de crête qu’on pourrait mettre en activité, pour une puissance moyenne d’environ 500 MW, tout prêt de ce qu’on obtient avec la centrale nucléaire ; (2) doit-on continuer à accepter de payer, via nos impôts fédéraux, le soutien d’une industrie nucléaire qui ne profite qu’à l’Ontario ?
Le débat ne peut pas être ignoré plus longtemps, il me semble.

