Est-ce que le Canada devrait abandonner l’Alberta ?

Vendredi 11 décembre 2009, par Normand Mousseau // Actualités

Alors que la conférence de Copenhague sur les changements climatiques bât son plein, le Canada accumule les trophées fossiles à un rythme qui ferait rougir d’envie Michael Phelps. Notre pays aura rarement fait la manchette mondiale de manière aussi systématique. Malheureusement, cette soudaine popularité n’est pas une raison pour pavoiser, loin de là. Alors que le Canada a longtemps fait partie du petit groupe des pays riches et éclairés, il est maintenant dernier de classe, derrière les États-Unis, dans un dossier qui concerne l’avenir de l’humanité. Complètement replié sur son nombril (ou, plutôt, celui de l’Alberta), le gouvernement fédéral bloque systématiquement, depuis le reniement de sa signature du traité de Kyoto, toute initiative mondiale visant à réduire de manière significative la production de gaz à effet de serre associé au réchauffement climatique.

Les raisons pour agir sont nombreuses, n’en déplaise aux négationnistes qu’on retrouve en masse dans la page d’opinion du Globe and Mail, mais aussi, moins nombreux, au Québec. Je pense, par exemple, à l’ancien ministre Jacques Brassard, dont les arguments à la télévision hier se limitaient à blâmer le Soleil (alors qu’il est acquis depuis plusieurs années que celui-ci n’est pas responsable du réchauffement climatique) et à répéter inlassablement que de nombreux scientifiques étaient de son côté ; un argument vraiment béton...

Malgré tout, les gouvernements des deux grandes provinces centrales — Ontario et Québec — ainsi que celui de la Colombie-Britannique se sont positionnés solidement en faveur d’un plan de réduction des gaz à effet de serre, indiquant qu’une partie importante de la population canadienne comprend l’importance de l’enjeu et est prête à agir. Quoi faire, alors pour faire bouger le fédéral, sans qui les efforts des provinces les plus vertes risquent de se retourner contre elles ?

Une solution, qu’on pouvait lire dans la page d’opinion du National Post, serait pour le Québec et l’Ontario de refaire la grande coalition historique qui permit au parti Libéral de conserver le pouvoir pour la plus grande partie du 20e siècle et d’imposer une réduction des gaz à effet de serre à l’Alberta et à la Saskatchewan. En gros, rendre à l’Alberta la monnaie de sa pièce. Cette solution n’est pas acceptable pour des raisons morales. Si le Québec ne supporte pas que le reste du pays lui impose des contraintes contre son gré, je ne vois pas comment on peut accepter de faire la même chose à d’autres provinces. C’est, au contraire, au gouvernement conservateur actuel, donc la base est l’Ouest du pays, que revient la responsabilité d’agir. Tout comme seuls les partis socialistes en Europe ont pu faire passer les législations renversant les politiques sociales, seul le parti conservateur pourrait imposer un virage environnemental à 180 degrés sans s’aliéner l’Alberta ni créer une crise fatale pour le Canada. Malheureusement pour le pays et le reste de la planète, le gouvernement conservateur actuel n’a que faire du bien du pays, obnubilé qu’il est par son idéologie.

On se retrouve donc contre un mur au niveau fédéral, avec un gouvernement central qui a historiquement refusé de prendre ses responsabilités pour le développement d’une politique nationale de l’énergie et qui ne dispose donc pas des outils politiques, mais aussi conceptuels, pour agir de la manière qui s’impose dans un dossier crucial pour l’avenir du Canada et de la planète tout entière. Face à un tel échec, le citoyen se retrouve bien en mal de savoir comment agir ou réagir. La seule solution : forcer les partis politiques à se positionner et voter massivement et intelligemment. Voilà un bien mince espoir...

Commenter cet article

5 Messages de forum

  • Est-ce que le Canada devrait abandonner l’Alberta ? 19 décembre 2009 08:36, par Charles Blattberg

    Si on ne veut pas aliéner l’Alberta, c’est mieux d’éviter des titres comme « Est-ce que le Canada devrait abandonner l’Alberta ? » n’est-ce pas ?

    Répondre à ce message

  • Est-ce que le Canada devrait abandonner l’Alberta ? 1er janvier 22:16, par jcpomerleau

    La monté en puissance des provinces pétrolières a complètement transformer le Canada. Le centre de gravité du pouvoir est passé du fédéral vers l’Alberta et la Saskatchewan. Le jour ou ces provinces ne pourront plus contrôler Ottawa pour défendre leurs intérêts énergétiques, elles quitteront la fédération, ou en modifieront le cadre constitutionnel.

    En attendant la fin du Canada, nous avons constaté à Copenhague, la fin du Canada de Trudeau :

    http://www.vigile.net/La-fin-du-Can...

    Et si vous voulez comprendre ce qui motive la brigade à plume de Gesca La Presse à défendre la position de Harper en environnement :

    http://www.vigile.net/Gesca-La-Pres...

    Si le mouvement pour l’environnement veut véritablement agir face aux menaces réels qui pèsent sur l’avenir, il va devoir abandonner sa naïveté et revenir faire de la politique. Car, qu’on le veuille ou non, changer le cours des choses veut dire incarner sa politique dans l’État, qui seul agit avec envergure. À cet égard l’agitation périphérique est sans porté sur le réel.

    Ce qui manque le plus au mouvement environnementaliste, des notions de géopolitique. Commençons par Aristote qui posait les questions essentiels pour comprendre la stratégie d’État : Qui contrôle l’État ; et, Au profit de qui ?

    Vous avez de puissant réseaux d’intérêts qui squattent l’État du Québec et celui du Canada, lesquels déterminent leurs stratégies énergétiques, donc la politique environnementale. Il faut donc les sortir du pouvoir. C’est possible au Québec au Canada non. C’est ici que nos chemins se séparent... tout naturellement.

    On ne peut rien contre ces puissants déterminant géopolitiques, que sont les intérêts énergétiques divergents, qui sont à l’œuvre.

    JCPomerleau

    Répondre à ce message

    • Est-ce que le Canada devrait abandonner l’Alberta ? 5 janvier 23:02, par Normand Mousseau

      Je dois dire que l’analyse de M. Turbide sur le site de Canoë permet d’expliquer pourquoi le journal la Presse est tellement en faveur des sables bitumineux. Vous avez raison qu’il faut absolument comprendre la politique canadienne et l’importance que prend, depuis 1984, l’Ouest du pays dans les décisions politiques fédérales. La question demeure, par contre : peut-on espérer faire alliance avec des progressistes de l’Ouest ou ceux-là sont-ils si peu nombreux que l’on doive essayer de passer par-dessus la tête de cette région ?

      Répondre à ce message