Alors que la conférence de Copenhague sur les changements climatiques bât son plein, le Canada accumule les trophées fossiles à un rythme qui ferait rougir d’envie Michael Phelps. Notre pays aura rarement fait la manchette mondiale de manière aussi systématique. Malheureusement, cette soudaine popularité n’est pas une raison pour pavoiser, loin de là. Alors que le Canada a longtemps fait partie du petit groupe des pays riches et éclairés, il est maintenant dernier de classe, derrière les États-Unis, dans un dossier qui concerne l’avenir de l’humanité. Complètement replié sur son nombril (ou, plutôt, celui de l’Alberta), le gouvernement fédéral bloque systématiquement, depuis le reniement de sa signature du traité de Kyoto, toute initiative mondiale visant à réduire de manière significative la production de gaz à effet de serre associé au réchauffement climatique.
Les raisons pour agir sont nombreuses, n’en déplaise aux négationnistes qu’on retrouve en masse dans la page d’opinion du Globe and Mail, mais aussi, moins nombreux, au Québec. Je pense, par exemple, à l’ancien ministre Jacques Brassard, dont les arguments à la télévision hier se limitaient à blâmer le Soleil (alors qu’il est acquis depuis plusieurs années que celui-ci n’est pas responsable du réchauffement climatique) et à répéter inlassablement que de nombreux scientifiques étaient de son côté ; un argument vraiment béton...
Malgré tout, les gouvernements des deux grandes provinces centrales — Ontario et Québec — ainsi que celui de la Colombie-Britannique se sont positionnés solidement en faveur d’un plan de réduction des gaz à effet de serre, indiquant qu’une partie importante de la population canadienne comprend l’importance de l’enjeu et est prête à agir. Quoi faire, alors pour faire bouger le fédéral, sans qui les efforts des provinces les plus vertes risquent de se retourner contre elles ?
Une solution, qu’on pouvait lire dans la page d’opinion du National Post, serait pour le Québec et l’Ontario de refaire la grande coalition historique qui permit au parti Libéral de conserver le pouvoir pour la plus grande partie du 20e siècle et d’imposer une réduction des gaz à effet de serre à l’Alberta et à la Saskatchewan. En gros, rendre à l’Alberta la monnaie de sa pièce. Cette solution n’est pas acceptable pour des raisons morales. Si le Québec ne supporte pas que le reste du pays lui impose des contraintes contre son gré, je ne vois pas comment on peut accepter de faire la même chose à d’autres provinces. C’est, au contraire, au gouvernement conservateur actuel, donc la base est l’Ouest du pays, que revient la responsabilité d’agir. Tout comme seuls les partis socialistes en Europe ont pu faire passer les législations renversant les politiques sociales, seul le parti conservateur pourrait imposer un virage environnemental à 180 degrés sans s’aliéner l’Alberta ni créer une crise fatale pour le Canada. Malheureusement pour le pays et le reste de la planète, le gouvernement conservateur actuel n’a que faire du bien du pays, obnubilé qu’il est par son idéologie.
On se retrouve donc contre un mur au niveau fédéral, avec un gouvernement central qui a historiquement refusé de prendre ses responsabilités pour le développement d’une politique nationale de l’énergie et qui ne dispose donc pas des outils politiques, mais aussi conceptuels, pour agir de la manière qui s’impose dans un dossier crucial pour l’avenir du Canada et de la planète tout entière. Face à un tel échec, le citoyen se retrouve bien en mal de savoir comment agir ou réagir. La seule solution : forcer les partis politiques à se positionner et voter massivement et intelligemment. Voilà un bien mince espoir...

