L’échec de Copenhague, peu importe le soin que l’on met à l’avouer, montre que l’humanité dans son ensemble est loin d’être convaincue du problème potentiel que pose le réchauffement climatique. L’après Copenhague est d’ailleurs très bien résumé dans un texte d’opinion de Nigel Lawson, ancien ministre des Finances du Royaume-Uni sous Margaret Tatcher, publié dans le Wall Street Journal. Quelques points ressortent dans l’article. Tout d’abord, que l’Europe, qui fut longtemps la locomotive de la lutte aux changements climatiques, fut laissée sur la touche : les discussions finales se sont tenues entre la Chine et les États-Unis avec, dans l’antichambre, le Brésil et l’Afrique du Sud. Qui aurait pu prévoir une telle fin à une conférence qui semblait pourtant dominée par le vieux continent.
La prise de contrôle du débat par les deux plus grands pollueurs de la planète, aucun n’ayant signé l’Accord de Kyoto, montre bien que ces géants ne veulent pas jouer de manière collégiale ; ils entendent avant tout défendre leurs intérêts économiques, au mépris de l’impact de leurs activités sur l’ensemble de la planète. Pour les États-Unis, ceci veut dire continuer plus ou moins comme avant, en soutenant malgré tout la recherche et le développement des énergies vertes. Pour la Chine, il s’agit plutôt de protéger sa croissance afin de lui permettre de sortir un milliard de ses citoyens de la pauvreté, tout en poursuivant des investissements verts à grande échelle.
Sorties d’un contexte des Nations-Unies, les négociations risquent de se poursuivre devant des portes closes et de déraper dans des directions qui ne bénéficieront finalement que les deux géants. On retournera, d’une certaine façon, aux comportements de la Guerre froide, alors que l’Europe n’était qu’un champ de bataille pour les États-Unis et l’URSS. Il est difficile de voir comment l’Europe et les pays africains pourront bénéficier d’une telle dynamique. (Quant au Canada, il a déjà abdiqué toute souveraineté et toute responsabilité sur la question. Il laisse aux États-Unis le soin de décider pour nous. Seule question : À quoi nous sert-il d’avoir un parlement et un gouvernement si celui-ci se contente d’attendre les ordres de Washington ? Un consul ferait très bien l’affaire, non ?)
Nigel Lawson termine son article en disant qu’après tout, le mieux est probablement de continuer à consommer comme avant et de plutôt planifier pour les changements climatiques à venir. Face à l’incertitude qui entoure les prévisions d’impact des changements climatiques et au besoin pour une fraction importante de la population mondiale d’améliorer son sort, cette suggestion peut sembler raisonnable.
Le problème est que les nouvelles prévisions indiquent que la hausse de la température pourrait atteindre 6 degrés d’ici la fin du siècle. Or, personne ne peut prédire l’impact d’une telle hausse si rapide à cause des effets de rétroactions inhérents à une telle variation. Tout ce que l’on sait, c’est que des hausses similaires ont provoqué dans le passé des bouleversements majeurs dont on ne sait si nous pourrons en ressortir indemnes. C’est là le vrai dilemme : peut-on prendre le risque de lancer la planète dans un cycle infernal ?
La réponse, tant pour le gouvernement conservateur que pour le gouvernement américain est oui, le risque en vaut la chandelle. Malheureusement, je ne suis pas si optimiste.

